En bref : le rejointoiement d'un mur en pierre consiste à creuser les joints usés sur 2 à 3 cm, puis à les regarnir avec un mortier de chaux et de sable, serré à la truelle et brossé quand il a tiré. La chaux est non négociable : un joint au ciment enferme l'humidité et abîme la pierre voisine. Un particulier soigneux peut rejointoyer un muret ou un pignon bas en joint à la chaux déjà existant. Dès qu'il faut retirer du ciment, monter sur un échafaudage ou reprendre des pierres, le travail change de nature.
Quand faut-il refaire les joints d'un mur en pierre ?
Il faut rejointoyer dès que les joints ne protègent plus le mur : quand ils sont creusés de plus de 2 cm, qu'ils s'effritent en sable sous le doigt, ou qu'ils ont été refaits au ciment. Un joint à la chaux est une pièce d'usure. Il vit en général plusieurs décennies, puis il faut le reprendre, comme on change les tuiles cassées d'un toit.
Les signes à surveiller sont simples :
- du sable ou des petits morceaux de mortier au pied du mur après la pluie ;
- des joints en retrait où l'on peut glisser un doigt, surtout en partie basse et sur la façade la plus exposée à la pluie ;
- des pierres qui bougent quand on appuie dessus, ou des herbes et de la mousse qui poussent dans les joints ;
- des taches d'humidité à l'intérieur, en face d'un pan de mur dont les joints sont ouverts ;
- des joints gris, durs, parfois en relief, et des pierres qui s'effritent juste à côté : c'est la signature d'un ancien rejointoiement au ciment.
Le dernier cas est le plus courant dans les maisons anciennes du Loing : le mortier a tenu, c'est la pierre autour qui a payé.
À l'inverse, un joint un peu patiné, légèrement en retrait mais ferme, ne demande rien. Rejointoyer un mur sain par principe, c'est dépenser de l'argent et fragiliser les arêtes des pierres pour rien.
Pourquoi un joint à la chaux et jamais au ciment ?
Parce qu'un mur en pierre ancien n'a pas été conçu pour être étanche mais pour sécher, et que seule la chaux le laisse sécher. Ces murs n'ont ni fondation profonde ni barrière contre les remontées d'eau. L'humidité du sol et de la pluie entre dans la maçonnerie, puis ressort par évaporation, principalement à travers le mortier.
Le mortier chaux joue trois rôles à la fois. Il est perméable à la vapeur d'eau, donc le mur respire. Il est plus tendre que la pierre, donc c'est lui qui s'use et se sacrifie, pas elle. Et il est souple : il accompagne les légers mouvements d'un mur fondé sur quelques rangs de pierres posés dans la terre, sans se décoller.
Le ciment fait l'inverse sur les trois points. Il est dense, rigide et plus dur que la plupart des calcaires locaux. Résultat : l'eau ne sort plus par le joint et va s'évaporer par la pierre, qui se charge de sels, s'effrite, gèle et éclate. Un joint ciment sur un mur en pierre, c'est l'humidité enfermée à coup sûr, et une facture reportée de vingt ans.
Le raisonnement est détaillé, pour le cas particulier des murs mixtes grès et calcaire du secteur, dans notre article sur la rénovation des murs d'une maison en grès.
Quel mortier chaux choisir pour rejointoyer un mur en pierre ?
Pour un mur extérieur, le choix le plus sûr est une chaux hydraulique naturelle NHL 3,5 (ou NHL 2 sur pierre tendre), mélangée à un sable lavé 0/4, à raison d'un volume de chaux pour 2,5 à 3 volumes de sable.
| Chaux | Prise | Usage conseillé | Dosage indicatif (chaux / sable) |
|---|---|---|---|
| Chaux aérienne CL 90 | Lente, au contact de l'air uniquement | Intérieur, murs abrités, pierre très tendre | 1 / 2,5 à 3 |
| Chaux hydraulique NHL 2 | Lente, faiblement hydraulique | Extérieur sur calcaire tendre ou mur fragile | 1 / 2,5 |
| Chaux hydraulique NHL 3,5 | Moyenne | Extérieur courant, façades exposées, murets | 1 / 2,5 à 3 |
| Chaux hydraulique NHL 5 | Plus rapide, plus dure | Soubassements très sollicités, rarement en joint | 1 / 3 |
Trois points font plus pour la réussite que le chiffre du dosage.
Le sable. Il donne la couleur et la tenue du joint. Un sable de rivière lavé, avec des grains de tailles variées, fait un joint solide. Un sable trop fin ou argileux donne un mortier qui farine et fissure. La teinte du sable doit se rapprocher de celle des joints anciens encore sains : prélevez-en un morceau et comparez à sec, pas mouillé.
Pas de ciment « pour que ça tienne ». Le mortier bâtard (chaux et ciment mélangés) est souvent proposé par facilité. Sur un mur ancien, il perd une bonne partie des qualités de la chaux. Nous ne l'employons pas en joint sur de la pierre.
Pas de produit « prêt à joint » sans lire l'étiquette. Certains mortiers dits « à la chaux » contiennent du ciment ou des liants hydrauliques ajoutés. La mention à chercher est « NHL » suivie d'un chiffre, conforme à la norme NF EN 459-1. « HL » sans le N, ou « chaux formulée », désigne des produits qui peuvent en contenir.
Comment rejointoyer un mur en pierre, étape par étape ?
La méthode tient en sept étapes, et le temps se passe surtout dans les trois premières. Sur un mur où les anciens joints sont à la chaux, comptez que la préparation représente facilement la moitié du travail.
- Dégarnir les joints. Retirez l'ancien mortier sur 2 à 3 cm de profondeur, et au minimum deux fois la largeur du joint. Un grattoir triangulaire, un ciseau fin et une massette suffisent pour un joint à la chaux, qui part sans forcer. Ne creusez pas plus que nécessaire : sur un mur de moellons, le cœur du mur n'est pas fait pour prendre l'air.
- Dépoussiérer. Brosse, soufflette ou jet d'eau à faible pression. La poussière laissée au fond du joint empêche l'adhérence, et c'est la première cause de joints qui se décollent en plaques.
- Humidifier la veille et le jour même. Une pierre sèche aspire l'eau du mortier, qui « grille » et devient poudreux. Le support doit être humide mais sans eau qui ruisselle.
- Préparer le mortier. Mélangez d'abord chaux et sable à sec, puis ajoutez l'eau petit à petit. La bonne consistance est celle d'une pâte ferme qui tient sur la truelle retournée. Un mortier trop mouillé coule, tache la pierre et fissure en séchant. Ne préparez que ce que vous poserez dans l'heure.
- Garnir et serrer. Mortier posé sur une taloche tenue sous le joint, poussez-le avec une langue de chat (une truelle fine et longue) ou un fer à joint, et chassez le mortier au fond du joint. Pour un joint profond, faites deux passes : une première de remplissage, laissée à tirer, puis une passe de finition. Serrez fort, c'est ce qui rend le joint compact et durable.
- Brosser quand le mortier a tiré. Quand le doigt ne marque presque plus le joint, en général quelques heures après, parfois le lendemain matin, brossez à la brosse dure ou en chiendent. Le brossage retire la laitance, fait ressortir le grain du sable et donne l'aspect d'un joint ancien.
- Protéger la cure. Pendant au moins trois jours, brumisez le mur matin et soir s'il fait sec, et protégez-le du soleil direct, du vent et de la pluie battante avec une bâche ou un filet. La chaux durcit lentement, sur des semaines.
Quel profil donner au joint ?
Le joint doit arriver au nu de la pierre, ou très légèrement en retrait, et ne jamais déborder. Un joint beurré, qui vient recouvrir légèrement les bords d'une pierre irrégulière, est traditionnel sur les moellons. Un joint en relief (le fameux « joint saillant » des années 1970) est à proscrire : il retient l'eau sur son rebord et la dirige vers la pierre. Un joint trop creux laisse, lui, l'eau stagner.
Quand travailler ?
Entre 5 et 30 °C, sans gel annoncé dans les jours qui suivent, sans plein soleil sur la façade et sans pluie battante. Au sud de la Seine-et-Marne, les fenêtres les plus confortables sont le printemps et le début de l'automne.
Faire un panneau d'essai
Avant de lancer toute la façade, rejointoyez un mètre carré dans un coin discret, puis attendez une à deux semaines. Le joint change beaucoup de teinte en séchant, et on découvre à ce moment si le sable est trop clair ou le brossage trop appuyé. Cela évite de refaire 40 m² dont la couleur déplaît.
Comment retirer d'anciens joints en ciment sans casser les pierres ?
Lentement, à la main ou à l'outil léger, en travaillant toujours au centre du joint et jamais en appui sur l'arête de la pierre. C'est l'étape la plus délicate de tout rejointoiement, et celle qui fait varier le prix du simple au double.
Le ciment adhère souvent mieux à la pierre que la pierre à elle-même. Si l'on frappe au burin en biais, c'est le bord de la pierre qui part avec le joint.
La bonne approche :
- fendre d'abord le joint dans sa longueur, en son milieu, avec un ciseau fin ou une meuleuse équipée d'un disque diamant fin, réglée à faible profondeur et tenue par une main qui en a l'habitude ;
- détacher ensuite chaque moitié vers le vide ainsi créé, en tirant le ciment vers le centre du joint et non en appuyant sur la pierre ;
- accepter de laisser un reste de ciment bien accroché plutôt que d'arracher un morceau de pierre ;
- protéger yeux, oreilles et voies respiratoires : un disque sur mortier dégage une poussière fine chargée de silice.
Le marteau piqueur et le burineur lourd sont à exclure sur un parement ancien : les vibrations descellent les pierres voisines et fissurent les joints encore sains. Quand le ciment a déjà fait éclater des pierres, il faut aussi prévoir de les remplacer ou de les ragréer avec un mortier de chaux chargé de poudre de pierre, ce qui relève du tailleur de pierre ou du maçon habitué au bâti ancien.
Peut-on rejointoyer un mur en pierre soi-même ?
Oui, sur un petit mur accessible dont les joints sont déjà à la chaux. Non, dès qu'il y a du ciment à retirer, de la hauteur, ou des pierres qui bougent.
| Situation | Soi-même | Artisan conseillé |
|---|---|---|
| Muret de jardin, joints chaux usés, hauteur à portée de main | Oui, bon chantier pour apprendre | Non nécessaire |
| Pignon ou mur de dépendance, moins de 2 m de haut, joints chaux | Oui, avec du temps et un panneau d'essai | Si la surface dépasse vos week-ends |
| Anciens joints au ciment à retirer | Risqué : arêtes épaufrées quasi assurées sans habitude | Oui |
| Façade sur rue, travail en hauteur, échafaudage | Déconseillé (sécurité, voirie, rendu visible) | Oui |
| Pierres qui bougent, fissures traversantes, ventre dans le mur | Non | Oui, diagnostic d'abord |
| Mur en abords de monument historique | Possible, mais autorisation et accord de l'ABF à anticiper | Recommandé |
Côté rythme, soyons honnêtes : un amateur qui dégarnit, rejointoie et brosse proprement avance souvent à 1 ou 2 m² par jour sur un mur de moellons, parce que les joints irréguliers sont longs à remplir. Sur 30 m² de pignon, cela représente plusieurs week-ends, avec les contraintes de météo et de cure entre chaque session.
Pensez aussi à la protection : la chaux est caustique. Gants, lunettes et manches longues sont obligatoires, et une projection dans l'œil se rince immédiatement et longuement à l'eau claire.
Quel prix pour un rejointoiement de mur en pierre ?
Réalisé par un artisan, un rejointoiement à la chaux coûte en général de 50 à 110 € TTC par m² en 2026, fourniture et pose comprises. Cette fourchette correspond à la grille que nous appliquons sur tout le secteur, et que vous retrouvez dans notre guide des prix des travaux de maçonnerie en 2026.
| Ce qui fait varier le prix | Vers le bas de la fourchette | Vers le haut de la fourchette |
|---|---|---|
| Anciens joints | Chaux friable, part à la main | Ciment dur, dépose lente et soignée |
| Appareil de la pierre | Pierres taillées, joints fins et réguliers | Moellons irréguliers, joints larges et profonds |
| Accès | Muret, rez-de-chaussée | Hauteur, rue étroite, jardin inaccessible |
| État des pierres | Saines | Pierres à remplacer ou à ragréer |
| Surface | Grand mur d'un seul tenant | Petites zones dispersées |
Ces prix s'entendent hors échafaudage de façade et hors reprise de structure. Pour une maison d'habitation de plus de deux ans, la TVA à 10 % s'applique. En faisant soi-même, le poste matériaux (chaux, sable, outillage de base) reste modeste ; ce qui coûte, c'est le temps et les éventuelles pierres abîmées à la dépose du ciment.
Méfiez-vous des devis très en dessous de la fourchette sur un mur qui a des joints ciment : soit la dépose n'est pas prévue et le nouveau joint viendra « par-dessus », soit elle sera faite au burineur. Dans les deux cas, le mur n'y gagne rien.
Quelles pierres trouve-t-on dans les murs autour de Moret-sur-Loing ?
Surtout du calcaire, avec du grès aux angles et aux encadrements dans une partie des maisons. Les remparts de Moret, élevés aux XIIe et XVe siècles, sont en calcaire, selon la fiche patrimoine de la commune. Plus au sud, la vallée du Loing a fourni pendant des siècles le calcaire de Château-Landon, extrait notamment à Souppes-sur-Loing et utilisé jusque dans des monuments parisiens comme le Sacré-Cœur.
Dans le bâti courant, les murs sont souvent faits de moellons calcaires liés à la chaux, avec un enduit dit « à pierre vue » qui laisse apparaître les plus belles pierres. Cela a deux conséquences pratiques pour un rejointoiement.
D'abord, beaucoup de ces murs n'ont jamais été conçus pour montrer toutes leurs pierres. Décroûter un enduit ancien pour « faire du rejointoiement » transforme un mur protégé en mur exposé, souvent avec des moellons trop tendres pour rester nus. Avant de rejointoyer, demandez-vous si le mur était enduit à l'origine.
Ensuite, le calcaire tendre supporte encore moins le ciment que le grès. C'est sur ces murs qu'on voit les dégâts les plus nets : joints ciment intacts, pierres creusées autour. Pour ces maçonneries, une NHL 2 ou une NHL 3,5 légèrement maigre est préférable à un mortier dur.
Notre page maçon à Moret-Loing-et-Orvanne détaille les interventions que nous faisons sur ce type de bâti dans la commune et les villages voisins.
Faut-il une autorisation pour refaire les joints de sa façade ?
Un rejointoiement à l'identique, qui ne change ni les matériaux ni l'aspect du mur, ne demande en général pas d'autorisation. Dès que l'aspect extérieur change (passage d'un mur enduit à des pierres apparentes, changement de teinte marqué), une déclaration préalable de travaux est en principe requise.
La situation se resserre en centre ancien. À Moret, les portes de Samois et de Bourgogne et les remparts sont protégés au titre des monuments historiques. Dans leurs abords, les travaux sur façade visibles depuis l'espace public sont soumis à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, qui peut fixer la chaux, le sable ou le type de finition. Le bon réflexe : un appel au service urbanisme de la mairie avant de commander le sable.
Combien de temps tient un joint à la chaux bien fait ?
Plusieurs décennies, souvent trente à cinquante ans sur une façade normalement exposée, davantage à l'abri.
Un joint à la chaux vieillit par le haut et par la face la plus exposée : il se creuse doucement, sans se fendre. On peut alors le reprendre par zones, sans tout refaire. C'est une différence de fond avec un joint ciment, qui semble éternel jusqu'au jour où il se décolle en plaques, en emportant l'arête de la pierre.
Pour qu'il dure, l'entretien est modeste : des gouttières et des descentes en bon état, un pied de mur dégagé (pas de terre ni de béton collés contre la façade), et pas de nettoyeur haute pression, qui creuse une chaux en quelques passages.
Vous avez un mur en pierre à rejointoyer, avec ou sans vieux joints ciment, dans le sud de la Seine-et-Marne ? Nous venons voir le mur, nous faisons un sondage sur les joints existants et nous vous remettons un devis écrit et gratuit sous 48 h après la visite. Demandez une visite.



